« La MIRAP a organisé 3 603 marchés correspondant à une valeur transactionnelle de 32 921 000 000 F CFA. »

Cyprien Bamzok Ntol, l’Administrateur de la MIRAP présente les réalisations de la structure depuis une décennie d’existence

Dix ans après la création, quel bilan peut faire la MIRAP de ses activités ?

En somme, dans l’effectivité, la MIRAP aujourd’hui a un socle d’activités réduit à l’organisation et à l’animation des marchés forains et marchés témoins périodiques, le fonctionnement et le suivi régulier des approvisionnements dans les magasins témoins de vente. La recherche des espaces de terrain pour la poursuite de la construction des magasins témoins de vente dans les autres chefs-lieux de régions en commençant par Yaoundé et Douala. Aujourd’hui, les statistiques enregistrées par la MIRAP à travers les marchés témoins périodiques, les marchés forains et les magasins témoins de vente parlent d’elles-mêmes. De 2012 à 2020, la MIRAP a organisé 3 603 marchés pour un niveau d’approvisionnement de 118 474 tonnes de produits de grande consommation correspondant à une valeur transactionnelle de 32 921 000 000 F CFA. 1 874 organisations de producteurs et opérateurs économiques sur l’ensemble du territoire national ont participé au moins une fois aux marchés MIRAP. Par hypothèse, si chaque organisation de producteurs a un minimum de trois (03) membres, on pourrait évaluer à plus de 5 000 les producteurs impactés par les activités de la MIRAP. Au-delà de cette performance reluisante, il y a lieu de signaler que la MIRAP a atteint un point d’équilibre où toutes les parties prenantes aux activités trouvent leur compte. Les producteurs agropastoraux engrangent des revenus substantiels dans les marchés MIRAP au point de s’assimiler aujourd’hui à des salariés de la MIRAP qui viennent, chaque fin du mois, récolter sur les marchés MIRAP, les fruits de leur dur labeur en quelque sorte, un salaire mensuel, comme quoi « la terre ne trahit jamais » dixit Paul BIYA. Les consommateurs, qui absorbent à plus de 95% les produits mis à leur disposition par les producteurs à des prix de moins de 5 à 20% de ceux des marchés classiques, trouvent également leur compte. La MIRAP quant à elle, voit ainsi se réaliser sereinement la mission d’approvisionner le marché à moindre coût en produits de grande consommation. Au-delà de cette trilogie, organisations de producteurs, consommateurs et MIRAP, il faut dire que là où se déroulent les marchés MIRAP, il y a un ensemble d’agents économiques qui exercent des activités commerciales informelles qui leur rapportent également des revenus : moto-taxi, vendeurs d’eau, nettoyeurs des poulets, etc…


Pouvez-vous nous donner la contribution de la MIRAP à l’économie nationale ?

La contribution de la MIRAP à l’économie nationale peut être relevée à plusieurs niveaux entre autres : la valorisation de la production et promotion de la croissance ; la contribution à la sécurité alimentaire ; la redistribution des fruits de la croissance ; l’épuration des circuits économiques ; l’amélioration des conditions de vie des populations en milieu rural en général et de la femme rurale en particulier ; la contribution à la préservation du climat social. Si vous me le permettez, je vais succinctement m’étayer.

Quelles sont les indications quant à la valorisation de la production et la promotion de la croissance ?

 Du fait des débouchés sûrs développe au profit des produits du cru, la MIRAP est un puissant moyen de valorisation de la production nationale. Les producteurs approvisionnant les marchés de la MIRAP brassent en des intervalles de temps très courts, d’importantes masses d’argent qui leurs permettent de percevoir l’importance de leur production, de satisfaire leurs besoins fondamentaux et de réinvestir. Il s’en suit un engouement plus prononcé pour la production et par ricochet une création plus importante de richesses et la croissance économique nationale. Par ailleurs, en rapprochant les producteurs des consommateurs, la MIRAP libère bon nombre d’intermédiaires jadis impliqués dans la distribution des produits de grande consommation. Ce travail libre et disposant d’un fond de roulement initial peut être valorisé dans la production agropastorale actuellement en quête de main d’œuvre et de capital.

En ce qui concerne la contribution à la sécurité alimentaire ?

 La disponibilité physique des aliments pour tous. C’est l’un des piliers de la sécurité alimentaire. Elle implique ainsi, une offre suffisante de denrées alimentaires de manière à répondre aux besoins de tous, grâce entre autres à la production agricole nationale, la stabilité des marchés, des prix accessibles aux populations, des revenus décents et le pouvoir d’achat décent. Les interventions de
la MIRAP permettent ainsi, non seulement à booster la production agricole nationale, à approvisionner les marchés dans les meilleures conditions, mais également à garantir des revenus décents aux producteurs. La MIRAP protège ainsi, la capacité des populations à maintenir un certain niveau de bien être face au stress alimentaire en favorisant l’accès à une alimentation suffisante.

S’agissant de la redistribution des fruits de la croissance ?

Il est souvent reproché aux interventions publiques de ne pas favoriser suffisamment la répartition des fruits de la croissance, notamment à l’endroit des populations rurales. Les missions du FMI au Cameroun révèlent chaque fois que la croissance enregistrée ne profite pas toujours à l’ensemble des couches sociales, et que, le pays devait travailler à une répartition plus équitable de cette croissance pour qu’elle ne se limite pas qu’aux villes de Yaoundé et de Douala mais profite également aux petits villages dans les zones reculées. Fort heureusement, les actions de la MIRAP ont la particularité de siphonner, en flux importants, les revenus de la ville vers les villages. C’est ainsi que sur 32 milliards 921 millions de F CFA enregistrés comme valeur transactionnelle totale sur les 3 603 marchés témoins périodiques et marchés forains organisés par la MIRAP de 2012 à Décembre 2020, environ 70% de transaction correspondent aux productions locales (produits animaux et végétaux). L’on peut alors conclure que les financements alloués à la MIRAP se multiplient à la faveur des zones rurales, au moins sept fois. Ainsi, budgétiser 1 000 F CFA pour le financement de la MIRAP correspond à envoyer 7 000 FCFA vers les villages.

Votre contribution en matière d’épuration des circuits économiques ?

 L’inefficacité des circuits de distribution est un facteur clé de l’échec des marchés des produits de grande consommation. En effet, un nombre infini d’intermédiaires, à la qualité morale parfois douteuse, infestent les circuits économiques et multiplient les marges commerciales entre les producteurs et le consommateur final. A l’arrivée, le producteur est spolié parce qu’il ne reçoit pas une bonne rémunération de son effort. Le consommateur est également mécontent du fait qu’il paye un prix trop élevé pour la satisfaction de ses besoins. L’intervention de la MIRAP, en dissuadant bon nombre d’intermédiaires indus, permet l’application d’un prix plus juste, à la triple satisfaction des producteurs, des consommateurs et des pouvoirs publics.

Un mot à propos de votre apport sur l’amélioration des conditions de vie des populations en milieu rural en général et de la femme rurale en particulier ?

Dans la chaîne de valeur des produits de grande consommation, les producteurs ruraux constituent le plus souvent, le maillon faible. Ils sont régulièrement les victimes d’enclavement et des revendeurs qui courent uniquement derrière le profit. A travers les débouchés désormais offerts aux producteurs par la MIRAP, le chef de l’Etat Paul Biya leur permet, d’une part d’améliorer leur connaissance du marché des produits issus de leur labeur, d’autre part de retrouver le pouvoir de négociation, et d’engranger de substantiels revenus plus réguliers. Dans ce partenariat avec les producteurs ruraux,
la MIRAP entretien une belle histoire avec la femme rurale. En effet, celle-ci joue un rôle important dans la production et la mise à disposition des vivres aux consommateurs. C’est pourquoi la MIRAP lui a offert une place primordiale au cœur de sa stratégie. Grâce à ses revenus supplémentaires, la femme rurale acquiert une indépendance financière relative qui lui permet de mieux contribuer dans
son ménage, les tontines et les associations. Il en découle une plus grande estime de soi et une prise en charge plus responsable des besoins de la famille et de la société. Les associations de productrices
ont ainsi annoncé le relèvement des capacités contributives de leurs membres tant dans le cadre associatif que dans leurs ménages. Certaines d’entre elles ont initié des tontines de matériaux de
construction (tôles, ciment) ou de produits manufacturés (huile raffinée, savon, sucre, etc.) à la fin des marchés MIRAP. Désormais, les femmes, en plus d’assurer l’alimentation quotidienne de leurs ménages, contribuent plus directement à l’amélioration de l’habitat rural, à l’équipement de leurs maisons, à la couverture des frais de santé et à l’éducation des enfants.


Sur le plan la contribution à la préservation du climat social ?


En assurant l’approvisionnement, dans les meilleures conditions, des marchés en
produits essentiels, la MIRAP facilite l’accès au consommateur ordinaire et de ce
fait contribue à consolider le climat social. Cet apaisement perceptible dans les ménages est implicitement répercuté dans les entreprises et les organisations. En effet, le contrôle de la surchauffe des  prix des produits de grande consommation entraîne un ralentissement de l’inflation
générale et par conséquent des revendications salariales, principale source de conflit au sein des entreprises. Le déploiement de la MIRAP dans la péninsule camerounaise de Bakassi constitue un symbole de patriotisme et de solidarité nationale. La MIRAP signifie par-là, à tous les camerounais, même ceux qui habitent les zones les plus reculées du territoire nationale, que Chef de l’Etat Paul Biya, a, chevillé au cœur, le bien-être de tous ses compatriotes.

Un appel à l’endroit du gouvernement pour un accompagnement optimal ?

Des mécanismes internes sont disponibles pour que la MIRAP assure en partenariat avec les hommes
d’affaires camerounais, les importations des produits de grande consommation en vue
de l’approvisionnement du marché à moindre coût, ou de la constitution des stocks de régulation. Toutefois, il serait souhaitable que la MIRAP puisse bénéficier ou disposer de quelques facilités financières à faire valoir à ses partenaires. D’autres parts, l’amélioration de la collecte des produits sur l’ensemble du territoire mériterait une attention toute particulière. En fait, le projet de mise
en place d’un dispositif de collecte, conditionnement, conservation, stockage et approvisionnement du marché disponible à la MIRAP porte des garanties d’une amélioration du commerce intérieur
des produits du terroir « Made In Cameroon », en effet. Ce projet pourrait permettre de réduire les pertes post-récoltes, ou même en champs, améliorer la collecte des produits agricoles, offir des
débouchés aux producteurs. Les produits conservés et stockés devraient servir à approvisionner les magasins témoins de vente de la MIRAP qui existent déjà à Maroua, Garoua, Ngaoundéré, Bertoua et Ebolowa. En retour, les produits collectés grâce à la logistique MIRAP dans le septentrion (oignons, arachide, maïs, riz SEMRY etc.…) devaient permettre d’approvisionner les marchés de Bertoua, Yaoundé jusqu’à Ebolowa et de promouvoir le secteur agropastoral et le monde rural. Toutefois, comme je l’ai dit, un financement d’appoint serait nécessaire à la mise en œuvre de ce projet.

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